Lorsque l’on envisage une thérapie EMDR, on imagine parfois que le travail commence tout de suite par le souvenir le plus difficile. En pratique, ce n’est pas automatique. La stabilisation désigne le temps consacré à comprendre votre situation, à poser un cadre et à vérifier ce qui est supportable pour vous avant d’aborder certains souvenirs. Son objectif n’est pas de vous faire oublier, ni de vous demander de vous « contrôler » davantage. Il s’agit de construire un accompagnement progressif, avec suffisamment de sécurité, de choix et de repères.
Cette phase n’a pas la même durée pour tout le monde. Certaines personnes se sentent prêtes après peu de temps ; d’autres ont besoin d’un rythme plus lent ou d’un autre travail avant qu’un retraitement soit envisagé. Cela ne mesure ni la gravité de ce que vous avez vécu, ni votre capacité à « bien faire » une thérapie.
Le mot stabilisation est employé dans le cadre d’une psychothérapie EMDR pour décrire une préparation : comprendre la demande, convenir d’un cadre et voir comment la personne peut rester suffisamment présente pendant les séances. Dans ce processus, les mots, les émotions et les sensations corporelles ont leur place, sans devoir être interprétés trop vite.
La stabilisation en EMDR : de quoi parle-t-on ?
L’EMDR est une approche structurée qui peut être utilisée dans le traitement du trouble de stress post-traumatique dans un cadre professionnel adapté. Les recommandations cliniques décrivent un travail par phases : information sur les réactions au traumatisme, préparation, gestion des souvenirs difficiles, traitement de souvenirs ciblés et suivi [1].
Dans ce contexte, la stabilisation correspond surtout à une préparation individualisée. Elle ne constitue ni une épreuve préalable ni une parenthèse séparée de la psychothérapie : elle fait partie du processus thérapeutique. Dans le langage clinique, la personne et la praticienne peuvent convenir d’un plan de travail, tout en gardant la possibilité de le modifier. Elle peut permettre de :
- préciser ce qui vous amène et ce que cela change aujourd’hui dans votre quotidien ;
- comprendre le cadre de l’accompagnement et poser vos questions ;
- repérer ce qui vous aide déjà à retrouver un peu d’appui ;
- convenir de signaux, de pauses et d’une manière de dire qu’un rythme ne convient pas ;
- prendre en compte vos soutiens, votre sommeil, votre environnement et les autres soins éventuels.
Le mot « stabilisation » peut laisser croire qu’il faudrait être parfaitement calme avant de commencer. Ce n’est pas le sens de cette étape. Il ne s’agit pas d’atteindre un état idéal ni de supprimer toute émotion. Il s’agit plutôt d’évaluer, ensemble, si le cadre proposé vous permet d’aborder ce qui vous préoccupe sans vous exposer inutilement.
La préparation fait déjà partie d’une thérapie EMDR
Une thérapie EMDR ne se résume pas à une technique isolée : elle commence par une compréhension de la demande, se construit dans une relation de confiance et s’ajuste au fil des séances. Comme dans toute psychothérapie, le processus est discuté avec la personne plutôt qu’appliqué de manière identique à tous.
Les recommandations emploient parfois le mot « traitement » pour décrire l’ensemble de cette démarche. Dans cet article, ce terme renvoie à un cadre de soins et non à une promesse : aucun traitement ne produit le même effet, au même rythme, pour toutes les personnes. Le choix d’une thérapie, d’un traitement ou d’une orientation se discute avec les professionnels concernés. Dans les textes scientifiques, on peut aussi lire les mots « patients » ou « mécanisme » ; ils ne résument jamais l’histoire ni les choix d’une personne accompagnée.
La thérapie EMDR peut ainsi comporter une évaluation, une préparation, un travail sur des souvenirs ciblés et un temps de suivi. Cette organisation donne des repères, mais elle ne dicte pas l’histoire d’une personne ni le nombre de séances. Une thérapie EMDR peut aussi conduire à différer un sujet, à le reformuler ou à envisager une autre aide lorsque c’est plus adapté.
Ce point est important : parler d’EMDR ne suffit pas à décider que l’EMDR convient. La stabilité de la situation, les attentes, les ressources disponibles et les éventuelles difficultés de santé sont examinées sans transformer la personne en dossier. Une démarche thérapeutique sérieuse laisse une place aux questions, à l’incertitude et aux ajustements.
Pourquoi ne pas aller directement au souvenir le plus difficile ?
Après une expérience éprouvante, il peut être tentant de vouloir « en finir » rapidement. Pourtant, une réaction intense ne dit pas à elle seule ce qui sera utile ni à quel moment. Les personnes exposées à un événement potentiellement traumatisant peuvent vivre de la détresse sans développer nécessairement un trouble de stress post-traumatique ; à l’inverse, certaines difficultés se prolongent et méritent une évaluation adaptée [2].
Le travail de préparation aide à ne pas confondre urgence ressentie et précipitation. Il permet notamment de prendre en compte :
Votre situation actuelle
Fatigue importante, isolement, événement récent, problèmes de santé, période de stress ou autres suivis en cours peuvent modifier la manière dont une personne aborde un souvenir. Les évoquer ne sert pas à établir une étiquette. Une psychothérapie EMDR tient compte de ces éléments, mais aussi de ce que la personne remarque dans ses sensations corporelles, son attention et son quotidien. Cela aide à décider ce qui paraît raisonnable maintenant et ce qui mérite peut-être d’être coordonné avec d’autres professionnels.
Votre marge de choix pendant les séances
Un accompagnement ne devrait pas vous placer dans l’idée qu’il faut aller jusqu’au bout coûte que coûte. Vous pouvez dire qu’une question est trop difficile, demander une pause, garder les yeux ouverts, changer de position ou demander que le cadre soit réexpliqué. Les recommandations de soins tenant compte du traumatisme insistent sur l’attention portée à la sécurité, à la collaboration et au pouvoir d’agir de la personne [1].
Les ressources déjà présentes
Une ressource n’est pas forcément une technique spectaculaire. Il peut s’agir d’une personne auprès de qui vous vous sentez entendu, d’un lieu, d’une activité ou d’un moment où votre attention revient un peu au présent. En parler permet de partir de ce qui existe déjà, sans imposer une même solution à tout le monde.
Que peut-on préparer avec une praticienne EMDR ?
La première rencontre sert d’abord à échanger. Elle peut aider à comprendre votre demande et à déterminer si un accompagnement EMDR paraît pertinent, à quel rythme et dans quelles conditions. Sur la page consacrée à l’accompagnement EMDR à Rodez, Amélie Warrand présente cette progression : évaluer la demande et le contexte, préparer et renforcer les ressources, puis envisager un retraitement lorsque les conditions sont réunies.
Concrètement, vous pouvez demander :
- comment se déroule une première séance ;
- ce qui est attendu de vous, et ce qui ne l’est pas ;
- comment se passe une pause ou l’arrêt d’un exercice en séance ;
- ce qui peut être fait si des émotions, des sensations ou des souvenirs surgissent entre deux rendez-vous ;
- comment l’accompagnement tient compte de votre histoire, de votre rythme et des autres prises en charge éventuelles ;
- quelles informations pratiques vérifier avant de vous engager, par exemple via la page consultations et tarifs.
Ces questions n’exigent pas que vous racontiez tout dès le premier rendez-vous. Elles peuvent simplement vous aider à savoir si le cadre vous convient.
Un langage commun avant de travailler les souvenirs
La préparation peut aussi donner un langage commun à la personne et à la praticienne : ce qui aide à se sentir présent, ce qui fait monter la tension, ce qui rend une pause nécessaire, ou ce qui paraît trop lourd aujourd’hui. Les sensations corporelles peuvent être nommées simplement — gorge serrée, agitation, fatigue ou impression de vide — sans chercher à leur attribuer une cause certaine. Ce langage n’est pas un test. Il évite que la thérapie EMDR soit vécue comme une succession d’étapes à réussir.
Certains souvenirs restent difficiles à nommer, parfois pendant des années. Ne pas les détailler tout de suite peut être un choix de prudence, et non un refus de la thérapie. À l’inverse, le fait de pouvoir en parler ne rend pas automatiquement un traitement souhaitable à cet instant. Le rythme se réfléchit avec attention.
La préparation ne consiste pas à faire de l’EMDR seul chez soi
Les mouvements oculaires, les tapotements ou d’autres stimulations bilatérales font partie de certains protocoles réalisés en séance. Ces mouvements alternés ne sont pas un exercice à reproduire seul à partir d’une vidéo, d’une application ou d’une liste d’instructions. Dans les recommandations, les stimulations s’inscrivent dans un traitement mené par un praticien formé, avec des souvenirs ciblés, des vérifications régulières et un cadre de suivi [1].
Il est donc préférable de ne pas chercher à provoquer vous-même un retraitement ou à vous exposer volontairement à un souvenir difficile. Si une image, une sensation ou une émotion devient envahissante, revenir à une activité simple et connue, contacter une personne de confiance ou demander un avis professionnel peut être plus adapté que tenter de « débloquer » seul ce qui se présente.
La psychoéducation peut aussi offrir des mots et des repères sur le stress, les émotions et les réactions de protection. Elle ne remplace pas une évaluation individuelle, mais peut soutenir la compréhension du cadre avant ou pendant un accompagnement.
Est-ce que la stabilisation retarde forcément l’EMDR ?
Non. Elle fait partie du travail, même lorsqu’elle ne prend pas beaucoup de temps. La durée dépend de la demande, de la situation actuelle, des expériences passées et de ce qui est discuté ensemble. Dans une psychothérapie EMDR, ce processus peut donc être bref ou demander davantage de séances. Les recommandations NICE indiquent que les interventions EMDR peuvent nécessiter davantage de séances selon la situation, notamment en cas d’expériences traumatiques multiples [1].
Une phase plus longue ne signifie donc pas que vous échouez ou que le traitement n’avance pas. Elle peut simplement signifier que le cadre est ajusté avant de traiter un sujet plus chargé. Dans d’autres cas, une autre approche ou une coordination avec un professionnel de santé peut être préférable. L’indication ne se déduit pas d’une liste de symptômes lue en ligne. Le mot « stabilisation » ne désigne donc pas un objectif de guérison rapide : il décrit une étape de préparation à ajuster.
Quand demander rapidement un autre avis ?
Cet article donne des repères généraux. Il ne permet pas de diagnostiquer un trouble de stress post-traumatique, une dissociation, une dépression ou toute autre difficulté. Un avis médical ou professionnel est important si des symptômes sont nouveaux, intenses, persistants ou s’accompagnent d’un retentissement majeur sur le sommeil, les relations, le travail, les études ou la sécurité.
En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. En cas d’idées suicidaires ou d’inquiétude pour un proche en France, le 3114 est accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Questions fréquentes sur la stabilisation avant l’EMDR
Dois-je raconter tous mes souvenirs dès la première séance ?
Non. Une première rencontre peut servir à présenter votre demande, poser des questions et voir comment avancer. Le rythme et ce qui est abordé sont discutés au fil de l’accompagnement.
Est-ce que cela veut dire que je ne suis pas « prêt » ?
Pas nécessairement. La préparation n’est pas un examen. Elle fait partie du cadre d’une approche progressive et permet d’ajuster le travail à votre situation du moment.
Puis-je faire des mouvements oculaires ou des tapotements seul pour me préparer ?
Il n’est pas recommandé de chercher à réaliser seul un retraitement EMDR ou une stimulation bilatérale à partir de contenus en ligne. Ces techniques prennent place dans un protocole accompagné, avec une évaluation et des points de vérification.
Une séance de préparation peut-elle quand même remuer des émotions ?
Parler de ce qui vous amène peut mobiliser des émotions. Vous pouvez le signaler, demander une pause ou dire qu’un sujet est trop difficile. Le cadre doit rester ajustable.
Un premier échange pour clarifier le cadre
Vous n’avez pas à décider seul qu’une méthode vous convient. Si vous souhaitez comprendre comment un accompagnement EMDR peut être envisagé dans votre situation, un premier échange permet de poser vos questions et de réfléchir au rythme le plus adapté, sans engagement automatique dans un protocole.
Sources
[1] NICE — Post-traumatic stress disorder: recommendations
[2] Organisation mondiale de la Santé — Trouble de stress post-traumatique
[3] IFEMDR — La structure de la thérapie EMDR
